Cannes, la sacralisation de l'image
"Le Festival est un no man's land apolitique, un microcosme de
ce que serait le monde si les hommes pouvaient prendre des contacts
directs et parler la même langue."
Jean Cocteau
Le 10 mai 1968 s’ouvre le 21e Festival de Cannes. Alors que la France manifeste et que les universités ferment, les étudiants envahissent le Festival dès le 13 mai et des meetings sont organisés contre la décision de Malraux de démettre Henri Langlois de son poste de directeur de la Cinémathèque.
Page spéciale consacrée à l'affaire Langlois sur le site de France Inter
Le 18, juste avant la projection en compétition de Peppermint Frappé de Carlos Saura, des cinéastes de la Nouvelle Vague menés par François Truffaut et Jean-Luc Godard, s’accrochent au rideau de scène pour manifester leur solidarité avec les mouvements sociaux dans le pays. Le Festival est déclaré clos le 19 mai à midi. Le Jury, présidé par André Chamson, ne pourra pas composer de palmarès.
Quarante ans plus tard, Cannes revisite ce chapitre en projetant dans le cadre de "Cannes Classics" quelques-uns des films annulés cette année-là, une manière comme une autre de saluer l'héritage de 68 et c'est sur un fond de contestations que s'ouvre cette 61ème édition.
ContestationS nationales dynamisées par un premier bilan annuel présidentiel très négatif avec des manifestations qui s'intensifient un peu partout dans le pays et toujours motivées par le mouvement lycéen.
S'il est vrai que le rapport du Club des treize concerne essentiellement les problématiques du "milieu" français et en conséquence quelques co-prod de part le monde, gageons que les intermittents du spectacle tenteront de faire entendre leurs voix cette année encore, soutenus désormais plus activement par les personnalités du 7ème art et observés intensivement par une presse insultée récemment. Christine Albanel doit d'ailleurs faire "des annonces" à cette occasion...
Mais la problématique n'est pourtant pas uniquement nationale, les réflexions engagées par le mouvement des ingénieurs du son américains en 2005 puis la récente grèves des scénaristes offrent encore ici un point de vue dès lors plus global sur une société qui ne connait plus de frontière tant l'uniformatisation de l'individu tente ici encore de déshumaniser pour consommer toujours plus et en ce qui concerne le cinéma, toujours plus de divertissement.
Cannes apparait alors comme l'un des derniers rempart à la désacralisation de l'image et pour reprendre l'un des concepts de Kurosawa si l'art à une utilité c'est pourtant bien celle d'humaniser.










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